AIKIDO : Un sens pour la Pratique, ou une préparation à l'Etiquette

 

REI (ancien Kanji avant sa simplification ) :

 

L'AIKIDO est une discipline martiale qui a vu sa création telle que nous la pratiquons aujourd'hui, au Japon après la 2ème guerre mondiale. Il reste néanmoins évident que tous les BUDO japonais actuels puisent leur source dans l'histoire même du Japon. Avant leur adoption par le peuple japonais, ces traditions martiales appartenaient surtout à d'autres pays tels que la Chine et l'Inde, forts de traditions guerrières et de techniques de self-défense anciennes. Le peuple japonais les a adaptées et assimilées à sa culture et manière de vivre. Le Japon a vécu de nombreuses années de guerre et querelles intestines jusqu'à l'avènement du clan des TOKUGAWA à l'instar du 1er Shogun Ieyasu Tokugawa (chef suprême) qui unifia et pacifia le pays. Cette paix allait durer près de deux siècles et demi.

C'est durant cette période que les arts - martiaux prirent une tournure différente. Il était désormais imposé aux SAMOURAÏ qui étaient avant tout des soldats, de changer de style de vie ; c'est là que ces hommes de hauts - rangs et nobles commencèrent à s'intéresser et à se développer dans le domaine de l'Art. Toutefois, tout en s'accordant avec ce nouveau centre d'intérêt, ils n'en diminuèrent pas moins la vigueur qu'ils mettaient à la pratique et à l'entraînement des arts de guerre, mais, sans guerre.

Sur ces guerriers l'influence de la poésie, la musique, la danse, le théâtre, la calligraphie, l'art floral...et l'empreinte de la philosophie ZEN commença à déteindre sur leur comportement. Il apparu que l'art martial associé à l'art, je dirais civil et une certaine notion de l'Etiquette, leur permettaient de transcender leur soif de guerre de la canaliser et ainsi de la banaliser. De plus, ce fut un mélange étonnamment efficace pour la formation de l'ETRE.

Après la deuxième guerre mondiale, pour revenir à notre époque moderne, le monde des BUJUTSU, techniques de guerre, se transforma en BUDO, voies martiales. Qui dit voie, veut dire "chemin vers la transformation et l'unité de l'ETRE".

 

L'AIKIDO, est une de ces voies martiales. Nous pouvons, pourquoi pas, la considérer comme une voie parfaite.

Son langage est riche : technique, philosophie, art de vivre. Pour ma part, pratiquant et enseignant, j'y découvre chaque jour son infinie limite et sa transposition ou transfert dans tous les domaines de la vie quotidienne.

C'est dans ce sens que l'AIKIDO, à l'aube du 21ème siècle, peut être une aide efficace à la formation de l'Homme.

Les hommes ordinaires d'aujourd'hui, à priori, ne sont pas des guerriers, ils ne combattent pas (mis a part les soldats professionnels). Mais si on analyse la vie actuelle, cela s'apparente à un combat permanent. Je ne parle pas des guerres qui sévissent hélas encore dans ce monde... mais du combat dans la société ; il faut sans cesse prouver, se battre , concourir, chercher, trouver sa place, se défendre contre tous les stress et influences du rythme du monde actuel, maladies, drogues, alcoolisme, violences... C'est comme une vraie guerre, mais intérieure !!

J'aimerais vous exposer brièvement quel est peut être le sens d'une discipline martiale au-delà de son pur aspect combatif, trop souvent rendu vulgaire et à ses dépends par les médias et la compétition.

 

Le BUDO, pour ce qui nous concerne l'AIKIDO, n'est pas une compétition, c'est un moyen de faire un véritable "travail sur soi". Une remise à neuf de soi-même, une remise à l'épreuve de nos émotions et une remise en question de nos idées; tout cela dans un cadre de travail bien spécifique. Le DOJO...

 

C'est une nouvelle "naissance" qui peut vous mener à la "connaissance".

On réapprend à s'asseoir, on réapprend à se lever, à tenir debout. Dès lors, on réapprend à marcher, à bouger un pied et deux pieds. Vient le positionnement des hanches l'axe horizontal et siège du centre de gravité de l'homme ; on redresse la colonne vertébrale, le véritable axe vertical du corps. Puis un bras peut bouger, l'autre, puis les deux et le cou et la tête, le tout se met finalement en mouvement et surtout, centré...

 

La notion de CENTRE ; très important...

 

En bref, il faut reprendre conscience de tous les os, de notre squelette qui est le support de toute notre carcasse : muscles, organes, liquide, air.

 

Grâce à ce corps rénové, "l'être" peut enfin commencer à se développer de nouveau.

La relation avec d'autres êtres naît, du dialogue corporel tout d'abord, , on observe, on s'observe, on se place, on se saisit, là on est très proche l'un de l'autre. On cherche à s'atteindre par une frappe, là les distances augmentent. On s'observe soi-même, est ce que l'on peut toujours bouger ? Stable, équilibré...? Avons-nous réellement la liberté corporelle ? Sans attaches ?

 

Les saisies ou les frappes font naître le sentiment ; les émotions négatives jaillissent, les positives aussi jaillissent mais elles sont moins dangereuses. De prime abord, ce sont les négatives qu'il faut contrôler et dompter, se rendre compte qu'elles sont inutiles dans la vie de l'être, qu'elles ne sont pas génératrices de l'énergie dont le corps a besoin pour être en mouvement. et pour communiquer avec d'autres êtres.

 

Ensuite, il faut aussi trier les émotions positives, car certaines sont en fait des négatives masquées. Celles là non plus ne sont pas utiles à l'être pour son développement, elles se cachent sous ce que l'on appelle : compliments, félicitations, gratifications, titres , honneurs... que l'on éprouve de la joie à recevoir, mais, lorsqu'elles deviennent excessives, font apparaître des virus dans le corps et la tête de certains êtres, sous des noms tels qu'orgueil, fierté, vanité, grosse tête, suffisance, ...etc. Ces émotions là ne sont vraiment pas créatrices, ni géniales. Je dirais qu'elles perturbent et bloquent le fonctionnement de l'esprit....

 

En résumé les émotions négatives bloquent la liberté de mouvement du corps et les fausses positives bloquent la liberté de fonctionnement de l'esprit...

 

N'est-ce pas tout ce qu'un Homme pourrait avoir besoin de développer "ici et maintenant" ?

 

Un corps solide et libre, un sentiment pur et libre, un esprit créateur et libre...

 

Ensuite il lui faudra relier ces trois centres et n'en faire qu'un centre et un vrai et de plus, il faudra qu'il le rendre permanent... "un centre de gravité permanent".

 

C'est à ce moment-là que l'homme pourra dire qu'il est "libre" au grand sens de ce terme. Du moins c'est ce que j'en pense, et je crois foncièrement que le BUDO est un outil complémentaire pour ce développement.

 

Dès lors une véritable éducation peut commencer et c'est alors que peut prendre tous son sens la notion de REI SHIKI : l'Etiquette.

 

Continuons cette expérience au travers de L'AIKIDO et autres BUDO...

 

Jaff RAJI 15 septembre 1998

 

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Luc Tamisier.