Extrait d'un livre à paraître :

Principe d'Unité et Unité de Principe
dans Trois Budo Japonais


De la Notion d'Equilibre
 

Quel que soit le Budo auquel il s'adonne, le pratiquant établit toujours un lien entre ciel et terre en équilibrant la tension des muscles postérieurs et antérieurs de son corps, de façon à maintenir son appui sur l'avant des pieds (l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarettes sous les talons lui assure alors une mobilité absolue lui permettant de tourner dans n'importe quelle direction sans aucune entrave...)

Pendant l'entraînement le plus important réside dans la sensation obtenue lorsque toute la charpente osseuse se trouve alignée anatomiquement selon un axe vertical que l'on nomme "Sei Chu Sen" en japonais. Dans les phases de repos comme dans celles d'activité intense, c'est la recherche et le maintien de cet axe vertical que l'on vise.

Le relâchement de la ceinture scapulaire et le déverrouillage des genoux et des coudes pourraient faire penser à ces saules pleureurs charges de neige que le Judo utilise pour exprimer la notion de souplesse. Cette posture donne au pratiquant une assise au sol fort agréable.

L'axe vertical, on peut le visualiser comme un fil à plomb tendu à l'intérieur d'un cylindre que l'on maintiendrait à la verticale avec interdiction absolue de percuter les parois du cylindre au repos, mais aussi dans le cadre de mouvements même rapides. Cette recherche tient de la gageure et exige une maîtrise de la respiration sous ses différentes formes. Ainsi les muscles contribuant à cette respiration (intercostaux,ceinture abdominale incluant les obliques, dorsaux) sont censés se gonfler,se dégonfler, se tendre, se relâcher au même rythme et avec la même amplitude pour éviter précisément tout risque, si minime soit-il, de perturbation de l'équilibre autour de la colonne vertébrale.

Naturellement, maintes voies martiales, voire religieuses, se spécialisent dans le maintien de postures n'exigeant pas de déplacement particulier. Or tout se complique des lors qu'il faut se mettre en mouvement.

Dans le cadre d'un mouvement dynamique, la première clé du maintien de l'axe vertical consiste à utiliser les jambes lors des transports de poids d'une jambe à l'autre. Les jambes jouent le rôle d'amortisseurs, mais aussi de transformateurs : plus on descend le long de l'axe vertical et plus on est capable d'aller loin sur l'axe horizontal sans perturbation de l'équilibre.

Il existe de nombreux exercices qui permettent au pratiquant de prendre conscience du maintien de "Sei Chu Sen" au repos comme en mouvement. En voici une série qui présente l'avantage de montrer les différentes étapes depuis un écart "0" entre les pieds jusqu'a l'écart "maximal".

Série 1 : Partir de la position debout talons joints en ouverture de hanches (en canard). Descendre en position accroupie en laissant les talons se relever naturellement afin de maintenir une colonne bien alignée. Le maintien de "Sei Chu Sen" dans cette position vous donne la deuxième clé de l'énigme, à savoir que les talons n'ont nul besoin de se poser et que l'equilibre de tout bipède réside dans l'appui sur les pointes de pieds. Depuis la position accroupie, poser les deux genoux, les relever, puis alternativement un genou après l'autre en maintenant le poids à l'aplomb des fessiers. Lorsque l'on reprend la position debout, on s'aperçoit que l'équilibre naturel du corps arrive sur les pointes de pieds automatiquement : on en prend vraiment une conscience accrue.

Série 2 : Imaginez une brise légère qui soufflerait sur vous. Au lieu de se cambrer à partir des appuis, on transporte simplement le poids du corps des pointes vers les talons sans toutefois relever les orteils aupoint de confier tout le poids du corps aux dits talons. On peut aisément vérifier si l'exercice est fait correctement en faisant pivoter sur les pointes dans les trois positions possibles : avant (70% sur les pointes,30% sur les talons), milieu (50-50) et arrière (30% sur les pointes, 70% sur les talons).

Série 3 : Fort de ces sensations de répartition du poids sur les appuis, il est possible de le transporter en descendant le long de l'axe vertical pour mieux avancer sur l'axe horizontal en augmentant les écarts entre les pieds progressivement d'un demi-pas, d'un pas, d'un double pas, puis jusqu'a la pose d'un genou à terre afin d'arriver à l'écart maximal sans déformation ni déséquilibre.

Série 4 : A partir de l'écart du double de la largeur de hanches, pied gauche en avant, puis pied droit, il convient de pratiquer "Ame noTori Fune", aussi nommé "Funakogi Undo". Le premier nom désigne le bateau qui nous permet de nous emparer du Paradis; le deuxième désigne l'exercice du rameur. Entre autres choses, cet exercice permet de prendre conscience du mécanisme du transport de poids en amenant le pratiquant à sa limite d'équilibre avant et à sa limite arrière (toujours sans pose du talon).

Série 5 : Dans la série des "jeux de jambes" ou "Ashi Sabaki", la clé de voûte est "Suri Ashi", pas réalisé à partir de la position pieds parallèles, a largeur de hanches et qui consiste à marcher en avant puis en arrière en maintenant son "Sei Chu Sen" intact, autrement dit sans aucun déséquilibre rattrappé, mais plutôt avec une poussée de l'appui arrière jusqu'a libération totale de la hanche et de l'appui. Grâce à ce "SuriAshi", et dés qu'il est bien maîtrisé, on peut aisément en transférer le principe à l'ensemble des "jeux de jambes" constitutifs des différents Budo.
 

Avec le principe contenu dans ce "Suri Ashi" (véritable joyau et aboutissement d'une série de prises de conscience sur l'équilibre du corps) on peut affirmer qu'il y a unité de principe entre l'Aikido, l'Iaido et le Jodo, dans la mesure ou ces trois disciplines en font un usage quotidien...


Pour tout renseignement, sur le comparatif entre les trois disciplines : Contactez l'auteur : Floréal Perez


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Luc Tamisier.